lundi 28 février 2011

Catalogue Eaton mi-saison, 1939-40, page 37

Il y a un certain temps de cela j'ai pu mettre la main sur un catalogue Eaton qui fut publié durant l'hiver de 1939-40.  Que se passe-t-il donc à cette époque par chez-nous? La grosse nouvelle évidemment est le fait que le Canada est officiellement en guerre contre l'Allemagne et ce, depuis le 10 septembre.

Quant au catalogue, considérant son âge vénérable de quelques 70 ans, il est en très bonne condition, chose remarquable surtout si l'on considère que ces catalogues n'étaient pas conçus pour durer bien longtemps. La majorité des catalogues se retrouvaient alors aux poubelles sitôt expirés.


Contenant quelques 80 pages, j'ai pris la peine de le numériser soigneusement et de lui redonner un peu de lustre, travail de moine s'il en est un. Je vous présente aujourd'hui la page 37 dans toute sa splendeur, une image qui a nécessité deux numérisations que j'ai ensuite jointes ensembles. J'ai opté de vous présenter cette page dans un format plus grand que d'habitude afin que vous puissiez en observer tous les détails. Il ne vous suffit que de cliquer dessus et d'utiliser la roulette de votre souris pour la faire défiler verticalement. 


Pour le simple plaisir de la chose, observons le prix de la robe-vedette, vendue à $1.94. Ça ne semble pas beaucoup, certes, mais en dollars ajustés pour 2011 cela équivaut à $30. Pas si mal pour une robe fabriquée ici.

Le saviez-vous? En 1883, Eugène-Étienne Taché, architecte et commissaire adjoint des terres de la Couronne, fait graver dans la pierre la devise Je me souviens juste en dessous des armoiries du Québec, qui se trouvent au-dessus de la porte principale de l'Hôtel du Parlement à Québec. La devise est alors déjà employée officiellement par le gouvernement du Québec bien que les armoiries elles-mêmes ne l'arborent qu'en décembre 1939.

dimanche 27 février 2011

Réponse au quiz #1

Malgré quelques indices saupoudrés en supplément il n'y a malheureusement personne qui soit parvenu à identifier la personne-mystère dans la photo. Alors voilà, il s'agit de William H. Gaines qui a été pendant plus de 40 ans l'éditeur du fameux magazine américain MAD. Si vous avez déjà eu le bonheur de feuilleter ce magazine durant ses meilleures années vous avez alors eu la chance de voir le bonhomme se faire parodier et caricaturer assez souvent, entre autres par Dave Berg dans «The Lighter Side of», dont voici quelques extraits que vous pouvez faire agrandir en cliquant simplement dessus.


Malgré la représentation assez peu flatteuse de Berg, Gaines était un éditeur apprécié et très attaché à son équipe. D'ailleurs il ne lisait les numéros que très peu de temps avant qu'ils ne passent à l'impression, laissant ainsi aux artistes, scénaristes et autres collaborateurs le soin de créer chaque numéro à leur guise. Gaines avait aussi cette habitude d'amener son équipe en voyage une fois l'an et c'est ainsi que durant les années 60 ils se sont retrouvés à Haïti où ils se sont tous pointés sans avertissement aucun à la porte du seul abonné haïtien de MAD.



Pour Gaines, la philosophie du magazine était tout simplement de rappeler au lecteur combien il n'en avait que très peu pour son argent. Toutefois, si l'on considère que MAD n'a jamais eu une seule page de publicité durant tout le temps où Gaines en était l'éditeur (il était fermé comme une huitre face à cette idée) on peut certainement considérer jusqu'à quel point le magazine était apprécié. Gaines est malheureusement décédé en 1992.


L'indice #2 que j'ai donné hier à propos d'un certain Alfred faisait tout simplement référence à la mascotte du magazine, Alfred E. Neuman dont le célèbre motto est «What, me worry?»




Le saviez-vous? Lorsqu’ils se sont présentés au seul abonné haïtien ils lui ont remis un coupon de renouvellement, amenant le voisin a aussi s’abonner ce qui a fait dire à Gaines, au retour, que le voyage avait été un succès commercial.

Les Oscars en 1956

Les cérémonies des Oscars ont toujours été populaires car elles réunissent, le temps d’une soirée mémorable, tout le gratin d’Hollywood. A cet égard, je vous propose aujourd'hui deux photographies prisent par Alan Grant le soir des Oscars le 21 mars 1956 dans les coulisses du Pantages Theatre où avaient alors lieu les cérémonies. Je vous mets certainement au défi de trouver aujourd'hui une telle classe et une telle élégance réunies dans une seule et même image.



On aura bien entendu reconnu les actrices Audrey Hepburn et Grace Kelly. L'année précédente Kelly avait remporté l'Oscar pour son interprétation dans le film "The Country Girl" alors qu’en 1954 c'était Hepburn qui l'avait gagné pour son rôle dans Roman Holiday où elle partageait la vedette avec Gregory Peck.




Le saviez-vous? Sur les produits officiels comme des calendriers ou autres à l’effigie d’Audrey Hepburn, on remarquera que les droits d’auteurs appartiennent à Luca Doti et Sean Ferrer. Il s’agit là des deux fils de l’actrice.

samedi 26 février 2011

Grosse publicité


J’ai accidentellement trouvé cette publicité murale sur un édifice un peu au nord de St-Antoine (anciennement Craig) et St-Denis. Un élément intéressant de cette murale est qu’elle soit bilingue (les publicités étaient surtout en anglais). L’ennui avec ces publicités est le fait qu’elles étaient parfois repeintes à deux ou même trois reprises et que le design de la publicité pouvait changer. Avec le temps et les éléments, les différentes versions en viennent à s’entremêler, ce qui rend parfois l’identification difficile. Dans le cas de cette pub, j’ai identifié le commerce en fouillant dans le répertoire Lovell, édition 1919-20 cette fois.


Cette compagnie, propriété de Louis Wisintainer, fabriquait des moulures de différents types, des cadres ainsi que des miroirs. Il s’agissait essentiellement d’un commerce d’encadrement qui fabriquait sur place ce qu’il vendait. L’adresse, 58 boulevard Saint-Laurent, précède évidemment la grande refonte des adresses de Montréal qui s’est amorcée quelques années plus tard. Chose certaine, l’emplacement et la taille de la publicité laissent croire que la compagnie faisait de très bonnes affaires.





Le saviez-vous? Les premiers miroirs fabriqués, essentiellement du verre volcanique naturel poli comme l’obsidienne, datent d’environ 6000 ans av. J.-C. et ont été retrouvés en Anatolie (Asie Mineure). Ce sont toutefois les Mésopotamiens qui ont été les premiers à utiliser le cuivre poli vers 4000 av. J.-C.

vendredi 25 février 2011

Petit quiz

Pour cette fin de semaine je vous propose un petit jeu; deviner qui est la personne-mystère dans la photo d'aujourd'hui. Je vous laisse jusqu'à dimanche soir pour deviner de qui il s'agit. Vous êtes prêts? Alors voici la photo en question. Bonne chance!

Mise à jour: Suite à la demande populaire, je vais donc vous donner un indice qui saura peut-être vous aider. D'autres indices suivront si la réponse n'est pas trouvée.

Indice #1: Le personnage ci-dessous a travaillé dans le domaine de l'édition.

Indice #2: Pensez à un certain Alfred.

Indice #3 : Pensez Don Martin, Sergio Aragones et Mort Drucker.


Ben là!

flumen

Ces rapides ne se trouvent pas dans les fins fonds de la campagne mais bien à Montréal, au parc de l'île de la Visitation pour être plus précis. Il y a de cela bien longtemps une usine se trouvait par-dessus ces eaux, d'abord la Dominion Leather Board Company, la Back River Company (Back River était un nom que l'on donnait à la rivière des prairies) et la dernière fut Milmont Fiberboard Company. On a toutefois démoli le bâtiment en prenant soin de laisser ici et là des ruines incluant des turbines hydroélectriques qu'alimentait le fort débit d'eau. Parfois, aux abords, un bihoreau gris se tient près de l’eau qui tourbillonne et l’observe attentivement afin de pêcher son dîner.





Le saviez-vous? Les rapides de la Rivière des prairies ne datent pas d’hier puisqu’il y a 4000 ans des groupes d’amérindiens faisaient du portage le long de ses rives pour y faire des pêches abondantes.

jeudi 24 février 2011

Test couleur pour Kodak

Aujourd'hui je vous propose un autre bout de film en couleurs tout à fait particulier et qui prédate même de cinq ans celui tourné à Londres en 1927 et dont j'ai parlé il n'y a pas si longtemps. 



Ce film fut tourné en 1922 aux studios Paragon (Fort Lee au New-Jersey) et a essentiellement servi à tester un procédé appelé Two-Color Kodachrome Process dont les premiers essais ont été réalisés en 1914. On peut admirer ici l'actrice Mae Murray (1889-1965) dont les couleurs de ses lèvres, yeux et cheveux sont rehaussés. Murray joua dans plus de 44 films mais une dispute avec Louis B. Meyer de MGM lui barra le chemin des studios d'Hollywood. Elle a connu une déchéance financière et est décédée à l'âge de 75 ans. On peut voir ensuite une autre actrice, Hope Hampton (1897-1982) qui porte des costumes utilisés dans le film de la même année «The Light in the Dark». Elle est suivie par Mary Eaton, une actrice qui est malheureusement décédée à l'âge de 47 ans en raison d'un alcoolisme dont elle n'a jamais pu se débarrasser. Et enfin d'une femme non-identifiée.

Toutefois, ce qui frappe l'imaginaire dans ce bout de film est que ces actrices nous apparaissent telles qu'elles étaient à l'époque et nous semblent quelque peu fantomatiques mais tellement naturelles qu'il y a peine à croire que cela a été tourné il y a presque 90 ans. Ce sont les laboratoires Kodak qui ont numérisé ce film mais ils ont opté de ne pas l'améliorer afin d'en préserver l'authenticité.




Le saviez-vous? La plupart des composantes des photos couleurs, dont les chromogéniques, ne sont pas permanentes et en viennent éventuellement à pâlir, parfois à des rythmes différents. Il s’agit là de quelque chose d’inévitable. Ici, la numérisation devient un atout indéniable afin de préserver ces photos.

mercredi 23 février 2011

Ding dong!


Il arrive souvent que je me mette à crayonner sans exactement savoir ce que je vais faire. Les coups de crayon se suivent rapidement puis quelque chose prend forme. Ici je ne voulais faire qu'un laitier qui sonne à une porte puis, pour une raison ou une autre, est devenu une sorte d’insecte géant qui vend des siphons de chiottes. Allez savoir pourquoi. Ce sont là les aléas de l’improvisation graphique.





Le saviez-vous? Hergé et Franquin se vouaient une grande admiration mutuelle, chacun étant toutefois convaincu que l’autre était un plus grand artiste.

mardi 22 février 2011

Les livre-disques Disney

Lorsque j'étais gamin il était très rare de me voir à l'intérieur de la maison car je passais le plus clair de mon temps dehors. Même s'il pleuvait cela ne m'empêchait pas toujours de sortir puisque j'allais jouer sous le balcon mais bon, il y avait tout de même certaines occasions où je n'avais pas le choix de rentrer soit parce qu'il faisait un peu froid ou encore parce que le vent poussait la pluie même en-dessous. 

Une fois à l'intérieur j'avais de quoi me tenir occupé et l'une des de ces merveilleuses distractions était une invention assez ingénieuse: le livre-disque.  Pour ceux de ma  génération je vois déjà poindre dans les méandres de leur mémoire la lueur du souvenir et pour les plus jeunes c'est le gros point d'interrogation. Qu'était donc le livre-disque?

Le livre-disque était justement cela; un livre d'histoire assorti d'un disque de la taille d'un 45-tours mais se jouant à la vitesse 33. Le procédé était assez simple, on plaçait le disque dans le tourne-disque (que l'on définissait souvent comme un «pick-up») et qu’on faisait jouer. Sur ce disque une personne faisait la narration du livre et nous avisait du moment où il fallait tourner la page.

L'idée du livre-disque nous vient d'un certain Lucien Adès, lequel avait créé ce concept et qui avait commencé à le commercialiser en France au début des années 50. Faut dire que le bonhomme avait eu l'idée assez extraordinaire d'obtenir l'autorisation des studios Disney pour reproduire dans ses livres des adaptations de leurs films. Non seulement retrouvait-on des extraits des films en question mais encore la narration était assurée par des comédiens et comédiennes français, ajoutant de la valeur au produit.

J'ai eu un certain nombre de ces livre-disques et je me suis bien amusé à les écouter et réécouter durant mon enfance. Je les ai ensuite rangé quelque part sans ne plus y penser. Avec les déménagements j'ai un jour cru que je les avais perdus ou pire mis aux ordures par erreur. Vous savez comment c'est quand on déménage; on perd toujours tout un fourbi de trucs. C'est complètement par hasard il n'y pas très longtemps que je les ai retrouvés dans une boîte de cochonneries que je n'avais pas ouverte depuis un bon bout de temps. Voici ceux que j'ai retrouvés dans la boîte et le seul que je semble avoir perdu pour de bon est Les Musiciens de la ville de Brême.





Le saviez-vous? Un des livres-disque les plus populaires et les plus convoité est celui du Haunted Mansion, lequel a aussi été édité en format 33-tours.

samedi 19 février 2011

straturae

Rue de pavé, dans le Vieux-Montréal, encore mouillée des suites d'une généreuse averse tombée durant la nuit précédente. Je me trouvais là par un samedi d'automne pas vraiment chaud, un peu venteux aussi. L’été, on le l’avait deviné, était bel et bien derrière nous. Les touristes avaient presque tous disparus hormis quelques irréductibles. Les marchands ambulants toutefois avaient définitivement quitté. Les quelques promeneurs rencontrés de çà et là se promenaient le collet relevé et les mains bien calées dans leurs poches. Quant à moi, dans mon chandail de grosse laine et mon manteau, j’étais bien au chaud et j’ai pu continuer ma promenade sans être importuné par le temps maussade. Après ma randonnée j’ai filé, les yeux presque fermés, jusqu’au métro en pensant au fumet d’un bon chocolat chaud.





Le saviez-vous? Le mois le plus pluvieux enregistré à Montréal fut septembre 1975 avec 227,6 millimètres de pluie tombés durant le mois.

vendredi 18 février 2011

Le 130è anniversaire - Conclusion

Le 23 mai 1879 au Minnesota est incorporée une compagnie de chemin de fer apparemment sans importance; le St. Paul, Minneapolis and Manitoba Railway qui devient rapidement connu sous le nom de Manitoba Road. La compagnie n'est cependant pas nouvelle puisqu'il ne s'agit que de la réorganisation d'un chemin de fer en grande difficulté financière, le St. Paul and Pacific Railroad, qui est racheté par un groupe d'associés; George Stephen, Donald Smith (vous vous souvenez de ce nom dont j'ai parlé dans l'article précédent?), James Jerome Hill et Normand Kittson. Les médias de l'époque n'accordent que très peu d'importance à cette nouvelle.

N'allons pas trop vite. Qui sont ces messieurs exactement et que viennent-ils faire dans cette histoire au juste?

Alors voilà, George Stephen est un écossais né en 1829 et qui vient s'établir vers 1850 au Canada où il travaille dans l'entreprise de textile du cousin de son père. Stephen démontre des qualités d'homme d'affaires qui impressionnent drôlement. Extrêmement doué en mathématiques et capable de prendre des décisions rapidement, il est nommé acheteur. Il possède un flair pour la qualité et lorsqu'il inspecte des tissus il semble déjà posséder plusieurs années d'expérience. Vers 1860 Stephen est devenu une force redoutable dans le monde de la mercerie et en 1870 et il est un homme très riche. Il en vient à s'intéresser au monde bancaire et entreprend de lire volume par-dessus volume sur le sujet afin d'en apprendre le plus possible. Non seulement il investit des sommes considérables dans l'achat d'actions de la Banque de Montréal mais il en devient aussi le directeur général en 1873 puis président en 1876.

George Stephen

James Jerome Hill est un drôle de numéro. Ontarien de naissance il s'est expatrié au Minnesota alors que débutait l'âge d'or des bateaux à vapeur tels que l'on en voyait sur le Mississippi. Hill a alors investi dans le transport maritime avec son propre bateau, le Selkirk. Plus tard, il s'associa avec son vieux rival, Normand Kittson, pour former la Red River Transportation Company qui exerça bientôt un véritable monopole sur la rivière Rouge écrasant toute compétition avant même qu'elle ne se pointe le bout du nez.

James Jerome Hill

Normand Kittson quant à lui était un type assez ingénieux qui, dans les années 1840 avait établi un poste de traite à Pembina, avec lequel il en vint quelques années plus tard à contrôler tout le trafic de fourrures provenant du Canada. Il était de par cette position en compétition directe avec la compagnie de la Baie d'Hudson et parvint éventuellement à briser le monopole de cette dernière. Kittson s'intéressa au transport maritime en achetant un bateau à vapeur; l'International, et il y eut une compétition féroce entre sa compagnie et celle de Hill, jusqu'à ce que les deux décident de faire copain-copain en 1872.

Normand Kittson

Nous retrouvons maintenant Donald Alexander Smith, personnage assez particulier s'il en fut un et dont je vous ai parlé dans l'article précédent. Smith est écossais de naissance et cousin de Stephen (quoique ce dernier ait toujours eu beaucoup de misère à blairer Smith). Lors de son arrivée au Canada Smith trouve immédiatement du travail comme commis pour le compte de la compagnie de la Baie d'Hudson. 
Donald Alexander Smith


Malheureusement il ne tombe pas dans les bonnes grâces de George Simpson le grand patron de la compagnie et celui-ci envoie Smith à Tadoussac en 1841. En 1847 Smith a des problèmes de vision et revient à Montréal (sans la permission de Simpson) afin de faire examiner ses yeux. Le médecin de Simpson conclut qu'il n'y a aucun problème et Simpson décide alors d'expédier Smith ipso-facto à... Esquimaux Baie. 

Autant l'envoyer en Sibérie! Surtout avec les moyens de transport du temps. Mais ne vous en faites pas, non seulement le personnage s'y rend mais parvient à devenir Directeur du District du Labrador en 1862 puis Commissaire de la région de Montréal en 1868. Durant l'hiver de 1870 Smith se rend à Fort Gary pour le compte de la HBC et durant une tempête tombe face à face avec... James Jerome Hill avec lequel il se noue d'amitié. Smith est aussi élu dans le nouveau comté de Selkirk en 1871 et, comme on l'a vu précédemment, responsable en 1873 de la chute du gouvernement Macdonald. Smith est aussi un actionnaire important de la Banque de Montréal.

Il y a aussi Richard Bladworth Angus, un autre écossais d'apparence très soignée et qui devient en 1869 directeur de la Banque de Montréal, un poste qu'il conserve jusqu'en 1879, année où il déménage à St-Paul au Minnesota afin de représenter les intérêts des Associés ci-haut mentionnés.

Richard Bladworth Angus

Nous sommes donc le 9 juillet 1880 à Ottawa. John A. Macdonald est assis à son bureau, une bouteille de brandy pas trop loin (on assume), et ouvre une enveloppe sur laquelle est inscrit "Privé et confidentiel". Il ouvre l'enveloppe et en sort une lettre. Il sait très bien de qui elle vient; George Stephen. Macdonald et lui se connaissent assez bien d'ailleurs. Cette lettre est tout à fait caractéristique du caractère manipulateur de George Stephen; il énumère les défaillances des autres groupes, souligne les qualités du sien et met Macdonald en garde si ce dernier faisait un mauvais choix (autrement dit s'il ne suivait pas le conseil de Stephen). Il faut mentionner ici que si Donald Smith fait partie des associés son nom n'apparaît pas et c'est là une omission tout à fait nécessaire puisque Macdonald hait le personnage pour les raisons que l'on sait. 

Il serait faux de croire que les intentions de Stephen et de ses associés à ce sujet soient altruistes, que non, puisqu'ils voient tous là-dedans quelque chose qui pourrait énormément profiter au Manitoba Road comme en témoigne une lettre de Hill à Richard Angus le 19 octobre 1880. Dans celle-ci, Hill dit très ouvertement que la seule raison pour laquelle les Associés (Stephen, Hill, Smith, Kittson et lui-même) s'intéressent au chemin de fer transcontinental est pour que celui-ci puisse profiter au Manitoba Road (Hill ajoute que le tracé du chemin de fer prévu l'inquiète beaucoup et que la ligne intercontinentale pourrait alors potentiellement devenir un ennemi très sérieux).

A Ottawa il semble devenir de plus en plus évident que c'est Stephen et ses associés qui obtiendront le fameux contrat du chemin de fer transcontinental mais les choses ne sont pas si simples. Après tout, on ne rédige pas un tel contrat comme ça du jour au lendemain. Et puis il y a les nombreux conflits d'intérêts auxquels sont joyeusement mêlés Stephen et ses associés. Quant à Macdonald, il n'est pas con, il sait très bien que les associés préféreraient une ligne de chemin de fer qui ferait un plongeon aux États-Unis pour le sympathique bénéfice des associés.

Macdonald prend une bonne lampée de brandy. Il n'est aucunement question pour lui d'accorder au groupe de Stephen ne serait-ce qu'un pouce de voie ferrée aux États-Unis alors il est prêt à faire une concession en échange: la clause dite du "contrôle exclusif". Cette clause accordait à la compagnie de chemin de fer que Stephen et ses associés allaient diriger un monopole tout à fait exclusif sur toutes les voies qui allaient être construites par celle-ci. Pour Stephen c'était très clair: si cette clause n'était pas incluse dans le contrat lui et ses associés n'embarqueraient tout simplement pas dans la patente.

Il est difficile ici de déterminer ce qui aurait effrayé davantage les membres du parlement; cette clause de contrôle exclusif ou encore l'apparition au beau milieu de la Chambre des Communes, dans un nuage de souffre, de Satan lui-même.

Malgré tout le contrat est signé le 21 octobre 1880, liant de ce fait le gouvernement et les associés qui comprennent alors George Stephen, George S. Kennedy, James Jerome Hill et Richard B. Angus. Donald Smith fait aussi partie des associés mais son nom est volontairement omis parce que bon, depuis le petit épisode où Smith fut responsable de la chute des Conservateurs, que nous avons vu précédemment, ceux-ci n'aimeraient probablement rien de mieux que de passer Smith à la moulinette. Littéralement. D'ailleurs en 1879 Macdonald a voulu s'en prendre physiquement à Smith et Macdonald avait alors dit qu'il ne connaissait pas de plus grand menteur.  

Outre la clause d'exclusivité le gouvernement s'engage à céder aux associés une subvention de quelques $25 millions de dollars (un demi-milliard en dollars d'aujourd'hui) et 25 millions d'acres de terrains donnés au fur et à mesure que le travail progresse. Un chausson avec ça? Tout ça est bien beau mais quand vient le temps de ratifier tout ça en Chambre ça ne passe pas exactement comme du beurre dans la poêle, loin de là. Alexander Mackenzie n'est pas tout à fait au meilleur de sa forme et c'est Edward Blake, son remplaçant à la tête du parti Libéral qui décide de passer les Conservateurs au batte (au sens figuré, rassurez-vous).

Blake est un bonhomme physiquement imposant et de forte stature qui demande à la Chambre, sur un ton sarcastique et résolument moqueur s'il n'y a pas personne de mieux au pays qu'un marchand de tissus (Stephen) et un trappeur de rats musqués (Smith) qui puisse construire ce foutu chemin de fer!! Ah oui, ce bon vieux Smith. Blake affirme en Chambre que même si le nom de Smith n'est pas sur le contrat il est tout à fait clair que le personnage fait partie de la bande de Stephen. Et voilà ti-pas que Macdonald se voit obligé de défendre un personnage qu'il déteste profondément.

Edward Blake

Mais Blake n'est pas seul à tirer à boulets rouges sur Macdonald tout au long des nombreuses sessions parlementaires qui n'en finissent plus. Pour un jeune député de 39 ans représentant Québec-Est c'est l'occasion rêvée de se faire remarquer pour la première fois en Chambre sur un sujet d'importance.

«Qu'est-ce qui a pris le gouvernement de ce pays pour qu'il se sente obligés d'accepter ce contrat avec le Syndicat (Stephen et ses associés)? Qui a forcé le gouvernement à négocier avec le Syndicat? Quelle calamité s'est abattue sur ce pays et son gouvernement pour qu'il se rendre inconditionnellement au Syndicat? Si ce contrat doit être jugé à la lumière des idées et principes britanniques modernes il transporte avec lui son ordre d'exécution et le seul devoir qui reste à accomplir à cette Chambre est tout simplement de le rejeter dès la première occasion!»

Wilfrid Laurier

Ce jeune député n'est autre que Wilfrid Laurier. Le débat se poursuit et les tensions en Chambre vives. Pendant plus de trente sessions parlementaires John A. Macdonald, John Henry Pope et Charles Tupper voient à défaire pas moins de 23 amendements. Ces sessions se poursuivent très tard, souvent jusque dans la nuit. On parvient cependant à tout finaliser mais Macdonald ne peut signer le projet de loi, puisqu'il est pris de violentes crampes abdominales et confiné au lit. C'est le Gouverneur Général John Campbell qui le signe à sa place. Le Bill est finalement adopté le 15 février 1881 en troisième lecture. Quant à George Stephen il ne perd pas de temps et trois jours plus tard, soit le 18 février 1881, il incorpore la compagnie dont nous fêtons aujourd'hui le 130è anniversaire et dont il devient le premier président:



Le saviez-vous? De nombreux travailleurs d’origine chinoise ont œuvré à la construction du chemin de fer mais ne recevaient qu’une fraction du salaire reçu par les canadiens, britanniques et américains qui faisaient le même travail. De ce fait, en 2006, le gouvernement canadien a officiellement présenté ses excuses à la population d’origine chinoise du pays pour ces très injustes traitements.

mercredi 16 février 2011

Le 130è anniversaire - Deuxième partie

Nous sommes le 2 avril 1873 et le gouvernement Conservateur de John A. Macdonald est dans le caca jusqu'au cou à cause du scandale du Pacifique. On peut remercier, comme on l'a vu dans l'article précédent, George McMullen qui a décidé d'aller voir les Libéraux et de tout étaler les vilaines manigances d'Allan et de Macdonald comme un fermier qui étend son fumier.


Bref, il n'y a rien dans tout cela qui sent très bon et pour tout dire ça n'augure pas bien pour le parti de Macdonald qui se saigne de ses membres. Ce jour-là à la Chambre des Communes le Libéral Lucius Seth Huntingdon tente d'introduire une motion afin de faire tomber le gouvernement. La motion ne passe pas mais au fil des mois qui suivent d'autres révélations viennent s'ajouter à la montagne fumante qui existe déjà. Macdonald a pu se maintenir au pouvoir malgré tout mais plus pour longtemps.

Lucius Seth Huntingdon

Le 4 novembre 1873 à une heure du matin il y a tout un brouhaha dans la Chambre des Communes. En effet, une nouvelle motion pour faire chuter les Conservateurs est mise en branle et cette fois-ci le vote est égal et on attend impatiemment que le député [conservateur] indépendant de Selkirk (Manitoba) prenne position. S'il vote avec les Libéraux les Conservateurs tombent, sinon, Macdonald et son gouvernement reste en poste.

Ce député est Donald Alexander Smith, officier de la compagnie de la Baie d'Hudson. Il y a un certain chahut qui règne jusqu'à ce que Smith se lève de sa chaise. Macdonald est écrasé dans sa chaise et ressemble à cadavre. Il s'attend au pire. Le silence tombe alors que tous les yeux sont rivés sur Smith, lequel ne précipite aucunement l'exécution. Et pourquoi le ferait-il? Ce n'est pas tous les jours qu'on tient le premier ministre du Canada par les parties tendres après tout. 

Donald Alexander Smith

Smith débute avec des commentaires gracieux sur Macdonald ainsi que son dévouement pour le pays et affirme ne pas croire que Macdonald ait pu accepter l'argent de Hugh Allan à des fins malhonnêtes. C'est tout ce qu'il faut à une bande de Conservateur, convaincus de leur victoire, pour qu'ils se lèvent de leurs sièges, fassent plein de grimaces aux Libéraux pour ensuite se rendre au restaurant du Parlement où on peut les entendre tonner «God Save the Queen»

Mais Smith n'a pas fini. Oh que non!
Il dit à la Chambre qu'il était prêt à soutenir le gouvernement actuel (clameur du côté des Conservateurs) mais prononce ces paroles qui sonnent comme une douce mélodie aux oreilles des Libéraux: "Pour l'honneur du pays, aucun gouvernement ne devrait exister s'il pèse sur lui ne serait-ce que l'ombre d'un soupçon, et voilà pourquoi je ne peux en toute conscience de cause lui offrir mon support".

Et pouf!

Le gouvernement de Macdonald n'a d'autre choix que de démissionner le 5 novembre. Le pays s'en va alors en élections et le 22 janvier 1874 les Canadiens élisent le gouvernement Libéral D'Alexander Mackenzie avec une très nette majorité. 

Toutefois, la traîtrise de Smith et la déroute de Macdonald ne pouvait survenir à un meilleur moment; le pays s'en allait vers une récession économique, le projet de chemin de fer transcontinental était en lambeaux et le pays contemplait la dette. Macdonald s'installa dans son fauteuil, prit certainement une bonne lampée de brandy et se dit qu'il valait mieux laisser Mackenzie se débrouiller avec toute cette merde et arriver comme des sauveurs lors de la prochaine élection.

Ho ho hi.
Et effectivement, le gouvernement de Mackenzie se retrouva dans un joyeux bourbier financier dont il n'était nullement responsable mais que tout le monde s'attendait à ce qu'il le corrige. Vous connaissez trente-six façons pour un gouvernement de faire face à un déficit sinon que de hausser les taxes? Vous avez déjà vu un gouvernement devenir très populaire en prenant cette décision?

Ben voilà.

Qui plus est, Macdonald avait rempli le fonctionnariat du gouvernement d'amis, ce faisant, les gens sur qui Mackenzie comptait pour mener à bien ses politiques devaient leur emploi à Macdonald et leur allégeance était évidemment pour le parti Conservateur. Mackenzie détestait ce genre de pratique que Macdonald avait finement mis au point mais il n'avait d'autre choix. Quant au chemin de fer, les Libéraux de Mackenzie le supportaient mais de un ils n'étaient pas d'accord mais alors là pas du tout avec l'accord conclu avec la Colombie-Britannique (le délai de dix ans, vous vous souvenez?) mais encore souhaitaient-ils le construire par étapes selon les moyens du gouvernement.


Alexander Mackenzie

En 1874 ils tentèrent les investisseurs potentiels avec de généreuses subventions. Seulement, et comme je l'ai dit plus haut, il y avait une récession économique et on ne peut pas dire qu'on se pressait aux portes pour obtenir le contrat, surtout que les odeurs marécageuses du scandale du Pacifique étaient encore assez persistantes... A l'autre bout du Canada, la Colombie-Britannique tapait du pied alors qu'il ne restait que cinq ans pour parachever le chemin de fer sans lequel la province allait très certainement se joindre aux États-Unis.

Pendant son mandat, Mackenzie ne fait construire que 380 kilomètres de voies ferrées et il considère qu'il en vaut mieux ainsi; faire juste ce qu'il faut de travaux pour satisfaire la Colombie-Britannique tout en attendant que les conditions économiques s'améliorent. Et pourquoi ne pas espérer qu'un groupe se montre éventuellement intéressé par le projet et prenne alors la construction de la ligne intercontinentale en main. Malgré les progrès anémiques du gouvernement Mackenzie, on peut douter que quiconque aurait pu faire mieux avec les conditions qui prévalaient à cette époque. Les électeurs ne l'ont pas vu de la même façon cependant, comme quoi la mémoire courte chez ceux-ci ne date pas d'hier!

Le 17 septembre 1878, comme prévu, les Conservateurs de Macdonald reviennent au pouvoir et avec eux s'amène le «National Policy» qui se veut une série de mesures visant à protéger les industries canadiennes de celles américaines qui déversent au Canada leur surplus de production. L'arrivée des Conservateurs coïncide avec la fin de la récession (il n'y a pas de cause à effet, rassurez-vous). Entre-temps, en avril 1879, John Henry Pope est bien décidé à nettoyer la crasse qu'a laissée le scandale du Pacifique en s'appropriant le Ministère des Travaux Publics ainsi que des Chemins de Fer et Canaux. Il annonce en grandes pompes la construction de quelques centaines de kilomètres de voies en Colombie-Britannique mais n'y donne pas suite. De toute façon aucune route n'a été encore choisie alors ce fut une annonce quelque peu inutile.

Bien que les conditions économiques s'améliorent de jour en jour la dernière chose que Macdonald désire c'est de se remettre les deux pieds dans le marécage du chemin de fer qui ne se construit toujours pas et il ne reste alors que trois ans. Idéalement ça prend quelqu'un d'autre, idéalement un Syndicat de financiers qui pourraient alors tout prendre entre leurs mains. Comme ça, si ça foire c'est eux qui en prennent plein la tronche.

Dans le prochain et dernier article de cette mini-série on verra comment un tel Syndicat de financiers en vint à obtenir le fameux contrat du chemin de fer intercontinental et qui donna ainsi naissance à la compagnie dont on fêtera les 130 ans vendredi.




Le saviez-vous? Embauché par la Compagnie de la Baie d'Hudson en 1842 comme simple commis, Donald Smith y a terminé sa carrière en 1914 alors qu'il en était le gouverneur depuis 1889. Sa carrière de 72 ans est encore inégalée. 

lundi 14 février 2011

Le 130è anniversaire - Première partie

Le 18 février prochain va marquer un certain 130è anniversaire. De quoi? Ah, mais je vous réserve la surprise en vous racontant une histoire en trois partie avec la première aujourd'hui même. La réponse de l'énigme sera dévoilée à la fin de la dernière partie. 

Notre histoire commence avec un événement qui a eu lieu il y a de cela bien longtemps, en 1867, plus précisément, lorsque fut signée la Confédération Canadienne. 

Le Manitoba, quoique beaucoup plus petit que la province actuelle, se joint au Canada le 15 juin 1870 et la Colombie-Britannique le 20 juillet 1871 mais cette dernière n'accepte que sous la condition qu'elle soit reliée au reste du pays par un chemin de fer que Macdonald leur promet en-dedans de dix ans. Durant cette période où le pays est naissant, la voie ferrée transcontinentale se veut plus qu'une simple paire de rails de métal mais bien un lien permettant d'unir les territoires du Canada et d'affermir les frontières surtout face aux visées expansionnistes des États-Unis.

Trois groupes se proposent pour construire ce chemin de fer. Le premier est mené par David L. Macpherson, partenaire dans une compagnie construisant des chemins de fer (Macpherson, Gzowski and Co.). Macpherson est non seulement un bon ami de Macdonald mais aussi un important bailleur de fond pour le parti Conservateur. Ho ho ha! Le deuxième groupe est celui de C.J. Brydges du Grand Trunk et le troisième (et non le moindre) est dirigé par Hugh Allan, armateur de Montréal qui gère la Montreal Ocean Steamship Company et certainement l'un des hommes les plus riches au pays.

Non visible sur la photo: le verre de brandy.

Assis à son bureau avec (fort probablement) un verre de brandy à portée de la main, Macdonald observe les dossiers des trois groupes candidats. Bien qu'ils soient tous capables d'entreprendre la construction de ce chemin de fer que Macdonald a promis à la Colombie-Britannique pour 1881, au plus tard (une promesse impossible selon plusieurs), chacun des trois groupe possède des faiblesses en autant que Macdonald est concerné. Il lui faudra pourtant faire un choix.

Gorgée de brandy.

Macdonald regarde le dossier de Macpherson mais décide de l'écarter tout simplement parce qu'il ne considère pas que son ami, aussi ami soit-il, ait ce qu'il faut pour mener à bien le projet.

Gorgée de brandy.

Que faire de la proposition du Grand Trunk? Ici, c'est facile. Le Grand Trunk, dont le siège social est à Londres, n'est pas exactement la compagnie la plus populaire au Canada. Macdonald écarte donc le dossier du Grand Trunk.

Gorgée de brandy. Puis pourquoi pas une autre.

Il reste alors le groupe de Hugh Allan. Ouais. S’il s’agit en fait le choix le plus logique cela n'en fait pas pour autant le meilleur. Si, Allen est un homme puissant qui jouit d'une très bonne réputation, surtout en Angleterre et sa magnifique demeure montréalaise, le Ravenscrag situé, sur le flanc du Mont-Royal est certainement témoin de sa réussite financière. Le problème avec Allan est la présence dans son groupe du financier américain Jay Cooke. Cooke est un homme relativement riche et l'un des propriétaires du Northern Pacific.

C'est que Cooke a malheureusement fait part publiquement de ses intentions de faire profiter à sa compagnie le chemin de fer transcontinental canadien, surtout en raison de ses terres à l'ouest réputées pour être très fertiles.

Mais pas si vite.

Macdonald veut bien que ce foutu chemin de fer soit réalisé mais il n'est certainement pas désespéré au point d'en laisser la construction, l'entretien et les opérations à des américains. Que non! Aucune décision n'est prise et les trois groupes sont plus ou moins laissés dans la brume. Peut-être, se dit Macdonald, qu'un autre groupe se présentera...


Mais Hugh Allan ne lâche pas le morceau et pas pantoute à part ça! En fait, le corpulent personnage, dont la patience n'est pas une de ses plus grandes qualités, décide tout bonnement en 1872 d'acheter ses adversaires parce que bon, il commence à être pas mal tanné de Macdonald qui tergiverse sans jamais ne prendre aucune décision, pour les raisons que l'on sait. Il a beau offrir des actions gratuites (on parle ici de montants assez substantiels) mais son plan ne marche tout simplement pas. Allan se retrousse les manches et s'attaque à ce qu'il considère le cœur du problème: les politiciens et là, rien n'est épargné; du chantage et des pots-de-vin en voulez-vous en v'là, comme on dit. Allan va même jusqu'à impliquer George-Étienne cartier et les 45 membres du caucus québécois dans ses plans. Même les prêtres des villes et villages ainsi sont mis à "contribution" afin de faire tourner l'opinion en sa faveur. Qui plus est, il avertit formellement Cartier que si le contrat du chemin de fer ne lui était pas attribué il pouvait oublier l'idée de se représenter aux élections. De tels coups de pied dans les parties sont un exemple assez représentatif de ce qu'était la fricassée politique du temps. Et crac!

Nous sommes toujours en septembre 1872 et voilà qu'arrivent les élections fédérales. Oh, les Conservateurs se font bel et bien reporter au pouvoir quelques jours plus tard mais ils forment alors un gouvernement minoritaire. Avec cette réélection Allan est alors persuadé d'obtenir le contrat du chemin de fer transcontinental. Il glousse tellement qu'il décide de larguer cavalièrement ses amis américains dont il considère ne plus avoir besoin. Ceux-ci n'en font pas tellement de cas et retournent vaguer à leurs occupations américaines et toute l'affaire aurait pu se terminer là. C'était sans compter un de ces américains, un certain George McMulen qui n'est rien de moins que cent pour cent furax face à la trahison d'Allen et rien ne lui ferait plus plaisir que de saisir Allen par le cou et de le secouer jusqu'à ce que les dents lui claquent dans la bouche.

C'est un McMullen vindicatif qui retontit chez les Libéraux avec toute la documentation mettant à jour tous les cent tours de Centour d'Allen et de Macdonald. On apprend ainsi qu’Allan allait obtenir le fameux contrat du chemin de fer en retour de donations politiques d'environ $360,000. La cerise sur le sundae étant bien entendu ce fameux télégramme confidentiel dérobé dans le coffre-fort d'Allen où Macdonald, quelques jours avant les élections, demande à Allen une somme supplémentaire de $10,000. Sur ce télégramme relativement court on peut y lire: "Je dois avoir un autre $10,000. C'est mon dernier appel. Ne me laissez pas tomber. Répondez aujourd'hui.". Pas besoin de dire que les caricaturistes de l'époque se délectèrent de cette histoire!

Dans la paume gauche de Macdonald on voit le fameux message du télégramme demandant $10,000 à Allan, dans la main droite la prorogation et la suppression de l'investigation. La bouteille d'alcool n'est pas là par hasard.

Le personnage à gauche est Alexander Mackenzie du parti Libéral et adversaire politique de Macdonald.

Dans le prochain et deuxième article de cette série de trois qui sera publié mercredi le 16, je vous raconterai comment un officier de la compagnie de la Baie d'Hudson est parvenu à faire dérailler les Conservateurs de Macdonald.





Le saviez-vous? Un homme politique qui n'avait jamais vu Macdonald a été tellement étonné de son apparence qu'il l'a décrit comme un «vieux mendiant miteux» (seedy old beggar).