jeudi 31 juillet 2014

nudus XXI


Noa est une jeune fille à cheval sur la mi-vingtaine qui a une vision particulière de la nudité. D'entrée de jeu elle se retrouve devant mon rideau noir avec un naturel déconcertant. Qu’est-ce qu’il a de si déconcertant et de déstabilisant dans le corps humain pour qu’il déchaîne autant de controverses? demande-elle. Elle me pose la question, certes, mais elle la pose aussi à elle-même également, comme une interrogation personnelle à voix haute alors que son regard suit le lent mouvement de son bras. 

Lors d’une pause elle refuse poliment la robe de chambre que j’ai préparée pour elle. Je suis toujours nue, me-t-elle dit avec un sourire. Dès que je reviens chez-moi où que je me trouve dans un coin perdu je lance mes vêtements à bout de bras, précise-t-elle. J'ai horreur de la tyrannie du vêtement. Ce sont des déguisement qui masquent qui nous sommes réellement. Puis on reprend la séance. 

Entre les déclics de la mon appareil elle me raconte comment elle a toujours détesté se vêtir. Jamais je ne me sens aussi vivante que lorsque je suis nue chez-moi ou dans la nature, de ressentir le soleil, l'eau et le vent sur ma peau. 

Et pendant ce temps je me laisse guider par ma caméra au lieu de simplement photographier ce que je vois et je n’interfère que très peu. 

Est-ce que l’inacceptation souvent engendrée par le corps nu ne vient pas nier sa beauté intrinsèque? Est-ce que ce dégoût, cette fausse pudeur ne remplace pas cette beauté par une vision arbitraire qui ne se soucie peu ou pas de la vérité objective? J’abaisse ma caméra, sa question faisant son chemin dans ma tête. Et pendant ce temps Noa continue ces lents mouvements de danse alors qu’elle sait très bien que je ne photographie pas. Peut-être, que je lui dis, que les gens mettent le symbolisme du corps devant sa véritable forme? C’est pour cela que nous avons besoin de l’Art, d’une représentation du corps humain qui remet sa nature même en relation avec sa forme, sa beauté. Noa s’arrête un moment. Ma réflexion lui plaît. Elle me lance un autre grand sourire qui illumine tout son visage et continue sa danse. Je remonte ma caméra et remet mon déclencheur au travail. 





Le saviez-vous? La province de l’Ontario et l’état de New York permettent aux femmes d’avoir la poitrine dénudée en public au même titre que les hommes.

dimanche 27 juillet 2014

À l'intersection de Bleury et Craig en 1900


Cette photo nous ramène loin, très loin en arrière puisqu’elle nous place en 1900 à l’intersection des rues Craig (aujourd’hui St-Antoine) et Bleury. Ah, et nous regardons ici vers l’est. Il s’agit là, il faut bien le réaliser, d’un monde qui n’existe plus du tout. Voyons d’un peu plus près ce qu’il peut bien y avoir d’intéressant.

Chose certaine, nous sommes en été, comme en témoigne le tramway électrique à côtés ouverts. Plutôt que de monter par l’avant ou l’arrière on le faisait d’un côté comme de l’autre. Par contre, n’entre pas qui veut puisque le billet coûte un peu plus de cinq sous et trop cher pour la majorité des ouvriers qui travaillent bien souvent à quelque chose comme quinze sous de l’heure. 

Il peut sembler étonner de voir les gens autant habillés mais à l’époque c’était de mise, même s’il faisait chaud. Et pour trouver ces vêtements, justement, il y a deux endroits sur la photo qui semblent tout indiqués. D’abord à gauche le commerce de J.H. Blumenthal & Sons, avec son coin arrondi en pierre de taille, où l’on fabrique des habits sur mesure. De l’autre côté de la rue, dans l’édifice au coin tronqué, c’est la boutique de John Allan qui donne aussi dans les vêtements mais pas sur mesure quoique des ajustements soient possibles. Mais ici on peut habiller tant les hommes que les enfants et on peut aussi trouver tout un assortiment de beaux chapeaux. Parce qu’il ne faut pas oublier le chapeau! En 1900 sachez qu’un couvre-chef fait partie intégrante de l’habillement. Et puis ils sont tous fabriqués ici même à Montréal. Le canotier est très à la mode, tout comme le bowler également. 

Tout juste à côté du commerce de John Allan il y a celui de D.H. Hogg qui se spécialise dans la vente d’appareils photographiques et accessoires. En 1900 on pouvait se procurer une caméra Kodak pliable pour environ $17.50, une véritable fortune pour l’époque! La photographie était un hobby pour gens fortunés, assurément. 

Parmi les autres commerces avoisinants mais que l’on ne voit pas, ou très difficilement, on retrouve l’imprimeur J.H. Cornell ainsi que la boutique de chaussures et bottes J.H. Hamilton. Il y a également le plombier John Date ainsi que la St-Lawrence Brass Works & Sanitary Warehouse. Si vous continuez plus loin vous aller voir tout un tas d’imprimeurs dont J.H. Borrie, Babcock & Sons, Gilmour & Kerns. Nous sommes, après tout, pif poil dans le secteur que l’on surnomme «Paper Hill». 

Les poteaux quant à eux transportent cette invention magnifique qu’est l’électricité. Le courant alimente compagnies, commerces et habitations (celles qui peuvent se le permettre) de même que les tramways de la Montreal Street Railways. Il y a d’ailleurs à Lachine une centrale qui a été inaugurée en 1897 par la Lachine Rapids Hydraulic and Land Company. Mais les choses vont bientôt changer en ce sens. Rodolphe Forget et Herbert Samuel Holt songent à unifier leurs entreprises respectives soit la Royal Electric Company et la Montreal Gas Company. 

Et de quoi parle-t-on durant cet été de 1900? De plusieurs choses, évidemment. Certains discutent de Viauville, cette municipalité qui n’appelle qu’à prospérer. Il se trouve là toute une quantité de lots à bâtir et les tramways s’y rendent. Certains ont déjà acheté en allant voir monsieur Edmond Gohier, le représentant de la succession Viau à son bureau de l’édifice de la New York Life à la Place d’Armes. Tiens, parlant de la Place d’Armes, il y a là la nouvelle Banque provinciale du Canada qui vient d’ouvrir. Plusieurs citoyens qui avaient leurs épargnes à la Banque Jacques-Cartier se sont laissé convaincre par Guillaume-Narcisse Ducharme d’y laisser la leur argent. Le temps dira s’ils ont bien fait. 




Le saviez-vous? Les gens qui ont laissé leurs sous à la banque Jacques-Cartier alors qu’elle devenait la Banque provinciale du Canada ont bien fait puisque cette banque, après sa fusion en 1979 avec la BCN est devenue… la Banque Nationale.

dimanche 20 juillet 2014

La maison Saint-Gabriel


Arrière de la maison Saint-Gabriel à Pointe Saint-Charles, un endroit à découvrir si vous le l’avez pas encore fait. Il s’agit d’une belle demeure, toute en moellon et qui se trouve sur la Place Dublin. Elle est épaulée à l’est par le parc Le Ber et à l’ouest par le parc Marguerite-Bourgeoys. Ces toponymies ne sont pas étrangères à la maison; Le Ber fait honneur à la famille du même nom qui comptait Jacques, Jeanne la recluse ainsi que François qui a construit la maison en 1660. Marguerite Bourgeoys, a-t-on encore besoin de la présenter, est la fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame. Marguerite acheta la maison Saint-Gabriel de Le Ber en 1668 afin de pouvoir y loger et éduquer les Filles du Roy jusqu’à ce qu’elles soient mariées, à la demande de l’intendant Jean Talon. 

Contrairement à certaines rumeurs, les Filles du Roy n'étaient pas des prostituées mais plutôt , dans la grande majorité des cas, des orphelines. Elles venaient de villes côtières comme La Rochelle, Dieppe ou Honfleur et dont la dot, d’environ 50 livres, était payée par le roi, en l’occurrence ici, le Roi-Soleil lui-même, Louis XIV. La maison n’est pas tout à fait celle d’origine puisqu’un incendie l’a presque entièrement détruit en 1693. On a tout de même prit soin quelques années plus tard de la reconstruire en utilisant les mêmes fondations. On peut aujourd'hui y faire une visite des plus intéressantes. 



Dites-donc, ça vous tenterais-tu de nous faire une faveur pis pas confondre la maison St-Gabriel avec la maison de ferme St-Gabriel des Sulpiciens? Pas la même affaire pantoute. Si on a conservé la maison St-Gabriel c’est l’cas de la maison de ferme St-Gabriel des Sulpiciens dont il ne reste pas grand-chose, comme genre un p’tit muret de pierre sur la rue Condé pis c’est à peu près toutte. 





samedi 12 juillet 2014

L'agence Anson McKim en 1903

(Photo: Musée McCord)

Bon, remontons au début du 20è siècle, disons en 1903 et que vous êtes proprio d’un commerce quelconque, je ne sais pas moi, des produits électriques tiens. Alors comme n’importe quel commerce vous tentez d’élargir votre territoire de ventes et de mousser vos produits alors que faites-vous? Tout simple : vous passez par une agence de publicité et justement, celle d’Anson McKim est toute indiquée. L’agence peut faire publier non seulement dans tout un tas de journaux canadiens mais aussi américains et possède des bureaux à Toronto, Winnipeg et London (Ont.). 

Quant à la photo, y’a un pépin. Prise par Notman & Sons en 1903, elle provient des archives du musée McCord où l’on dit que l’agence avait ses bureaux dans l’édifice du Board of Trade mais dans le Lovell de la même année l’adresse indique plutôt le bâtiment Star. Cet édifice, je vous le rappelle, était celui où logeait le quotidien Montreal Star qui lui se trouvait sur la rue St-Jacques. Hum… Y’aurait-il eu une erreur dans le Lovell? Ça pouvait arriver, évidemment mais les éditions de 1904, 1905, 1906, 1907, 1908 et 1909 placent encore et toujours l’agence McKim dans le Star Building. L’adresse change en 1910 pour le 261 de la rue St-Sacrement, soit dans l’édifice nommé Lake of The Woods, mieux connu sous le nom de Corn Exchange. Cet édifice-là était au 261 St-Sacrement alors que le Board of Trade se trouvait en face. Proche mais pas assez pour un cigare. Mais pourquoi Lake of The Woods? Parce qu’il s’agit d’une minoterie qui a acquis l’édifice et qui a entreprit de le démolir mais qui a opté de conserver les murs extérieurs des deux premiers étages que l’on a intégrés à la nouvelle construction. Il y a fort à parier qu’une fois les travaux terminés en 1910 l’agence McKim a aménagé à l’un des étages à titre de locataire jusqu’en 1920, après quoi la compagnie s’est retrouvée au square Philips. 

Et que se passe-t-il donc au Québec en cette année-là? Bien des choses, surtout dans le monde ouvrier. Prenons par exemple le transport en commun. Les employés de la Montreal Street Railway Company décident de faire la grève par que d’abord ils veulent être payés plus cher mais désirent également de l’employeur qu’il reconnaisse leur syndicat. Chose certaine, cette grève ne durera pas puisque la compagnie va accepter ces deux points. Mais ne vous en faites pas, elle va tellement chigner quant à la reconnaissance du syndicat que les employés vont se remettre en grève. Mais y’a pas que dans le transport en commun où ça va mal: les débardeurs du port de Montréal aussi désirent augmentation de salaire, reconnaissance du droit d’association avec en plus de meilleures conditions de travail. Là par contre ça va être un peu plus difficile. En fait, y’a même l’archevêque de Montréal, Paul Bruchési en personne qui va s’en mêler. Si, parce que dans l’temps l’Église se mêlait de ces choses-là. Alors monseigneur y va d’une lettre dans laquelle il écrit qu’il reconnaît aux débardeurs le droit de se syndiquer (quelle faveur!) mais monseigneur admet sans détour que les associations internationales lui puent au nez. 

Entre-temps ça se calme avec les tramways, la compagnie a finalement reconnu le syndicat.  Bon, voilà pour ça. Par contre, là où la bouse de vache a carrément volé dans les pales du ventilateur c’est à l’usine Exelsior Mills, située au coin d’Ontario et Papineau où travaillent quelques 300 personnes. En plein été, alors qu’il fait chaud sans bon sens, les patrons ont décidé de forcer (si!) les employés à faire obligatoirement entre 6 et 20 heures de temps supplémentaire. Et lorsque je dis «forcer» ça veut dire qu’on a carrément barré les portes de l’usine, la transformant ainsi en véritable prison. Dehors y’a quelques milliers de personnes qui observent tout ça avec intérêt et en viennent à voir un spectacle étonnant : celui de personnes qui cassent les fenêtres de l’intérieur pour s’évader. Ça n’a pas pris de temps que l’on a apporté des échelles pour permettre aux employés non seulement de descendre mais aussi de passer par-dessus les clôtures. Durant ce même été les catholiques pleurent la mort du pape Léon XIII et on se demande bien qui lui succèdera. Ce sera finalement le cardinal Giuseppe Melchiorre Sarto, lequel prendra le nom de Pie X. 1903 est aussi une année qui grouille pour les médias imprimés. C’est le 4 avril que l’on voit apparaître la première édition du journal Le Canada qui est ni plus ni moins que le porte-voix du parti Libéral. Il paraîtra jusqu’en 1954. Par contre à Québec c’est le journal The Mercury qui disparaît. Parlant de la ville de Québec, les gens de la vieille capitale ont raison de célébrer puisque l’on inaugure le tout nouvel auditorium et les gens sont invités à assister au tout premier concert que donne pour l’occasion l’Orchestre symphonique de Québec sous la direction de son énergique fondateur, George Vézina. 



Le saviez-vous? Un des ministres (sans portefeuille toutefois) du cabinet Parent fut John James Guérin. Celui-ci, même s’il ne fut pas réélu en 1904, devint maire de Montréal de 1910 à 1912. Si le nom ne vous pas exactement familier alors rappelez-vous l’affaire de Mary Gallagher. Guérin fut le médecin qui procéda à l’autopsie de ladite Mary le lendemain du drame alors qu’il venait d’être fraîchement diplômé de la faculté de médecine de l’université McGill.  

dimanche 6 juillet 2014

La place des Nations, un avenir toujours incertain


C’est passé dans le journal Métro du 3 juillet 2014 à la page 3 sous la plume de Laurence Houde-Roy. Alors qu’est-ce qui se passe donc avec la place des Nations? Ben voilà, il était prévu investir des sous pour retaper et remettre en ordre la mythique place. Si, parce qu’au fil des ans la négligence caractéristique de la ville par rapport à son patrimoine architectural ainsi que les éléments ont transformé la place en un lieu qui fait davantage penser à Pripiat.

La place des Nations je vous en ai parlé souvent ici, à plusieurs reprises même; ici, par-là, encore ici, là également, par ici, sans oublier ici également et aussi. C’est pratiquement un cheval de bataille. Pourquoi? Je vais piger dans l’article du Métro encore une fois et vous allez comprendre de suite. Ainsi, lors d’une réunion du comité exécutif à la ville, Denis Coderre y est allé de cette déclaration, et je cite :

«On ne peut pas dépenser de l’argent [inutilement]. Vous aurez à me convaincre [de la valeur de ce projet].

Ça, c’est le maire de Montréal qui dit ça. Allons plus loin où il rajoute, et je re-cite encore : «[La place des Nations] ça m’a plus l’air du festival de la manne [que d’autre chose]. Je ne suis pas sûr qu’on devrait faire ça». Mettre de la tourbe sur le parterre au milieu, pas de problème, le maire n’a pas l’air contre. Maintenant allons voir du côté de l’opposition officielle, dûment représentée par Richard Bergeron, le chef du parti Projet Montréal. Que dit-il à ce sujet?

«C’est du gaspillage d’argent. C’est un racoin, prisonnier entre un viaduc autoroutier et une sortie en descente».

Monsieur Bergeron, faut-il le souligner n’est pas convaincu mais alors pas du tout que l’endroit, une fois retapé, attirerait les gens. Maintenant, je vais y aller avec une question directe et crue : savez-vous pourquoi le patrimoine architectural de Montréal est sur le cul?

Relisez les déclarations de messieurs Coderre et Bergeron et vous allez tout comprendre. En fait, en retournant en arrière, on peut constater que les maires précédents ont à peu de choses près tenu un discours semblable sur le legs bâti de notre ville. C’est pour ça qu’on voit pousser partout d’insipides clapiers de béton aux noms tout aussi chiatiques en rasant tout ce qu’on peut sans se soucier de quoi. C’est de cette façon-là qu’on a perdu la maison Van Horne, Ben’s Deli, Orange Julep (sur Sherbrooke) et combien d’autres qu’il serait trop long d’énumérer ici. C’est aussi à cause de l’incurie des élus que des organismes comme Héritage Montréal et Sauvons Montréal ont vu le jour. Mais par-dessus tout, je le redis et le répète encore, ce ne sont pas que des bâtiments que l’on démolit mais aussi ce qu’ils représentent.

Idem pour la place des Nations.

Qu’est-ce que le monde entier connaissait de Montréal avant 1967? À vrai dire, pas grand-chose. D’accord, y’avait des voyageurs qui venaient de temps à autres mais la plupart des gens des autres pays n’avaient aucune idée de ce qu’était Montréal ni de ce que cette ville avait l’air. En d’autres mots nous n’étions pas vraiment sur la «map».

Tout ça a changé le 28 avril 1967 lorsque les caméras de plusieurs diffuseurs télé d’ici et d’ailleurs ont capté la cérémonie d’ouverture d’Expo 67, laquelle se tenait, justement, à la place des Nations où s’étaient rassemblé 7,000 invités tant dans les gradins qu’au parterre. Pour quantité de gens de plusieurs pays dans le monde, lorsqu’ils ont regardé tout ça à la télé, les premières images qu’ils ont eues de Montréal étaient celles de la place des Nations. Au fil de l’évènement les dirigeants des pays qui participaient à Expo 67 se sont tous succédé à la tribune et quantité de vedettes s’y sont produites. Il se trouvait toujours quelque chose de différent à y voir et entendre.

Mais voilà, nos élus contemporains ne considèrent pas ou peu, que d’investir de l’argent dans la réfection de la place des Nations soit quelque chose d’utile. Denis Coderre parle de dépense plutôt que d’investissement et Richard Bergeron utilise le mot «gaspillage», ni plus ni moins. Dernière question : que nous reste-t-il d’Expo 67?

  • La biosphère? Elle n’a plus son aspect d’origine depuis l’incendie de mai 1976 et présentement son sort est nébuleux.
  • Le pavillon de la Corée? Soyons sérieux, il ne s’agit plus que d’un condo à siffleux et pigeons doublé d’un abribus glorifié dont il ne reste que les colonnes et le toit.
  • Le pavillon de la Tunisie? Il ne ressemble en rien à ce qu’il avait l’air en 1967. C’est devenu un espace tout à fait morne et parfaitement ordinaire. Mention citron pour avoir placé la mosaïque de l’artiste Tunisien Zoubeir Turki à un bien mauvais endroit (indice: chasse d'eau).
  • Le pavillon de la France? Ne me faites pas rire. On l’a défiguré pour agrandir cette abomination qu’est le casino.
  • Le pavillon du Québec? Un de ses architectes, Luc Durand, m’a confié que le pavillon a tellement été modifié qu’on peut tout simplement dire qu’il a été détruit.
  • Le pavillon de la Jamaïque? Il a été restauré mais il sert à quoi au juste?
  • Le pavillon du Canada? Il loge l’administration du parc Jean-Drapeau.
  • Les canaux qui faisaient le charme de l’île Notre-Dame? On les a remplis de terre.
  • Le stabile de Calder? Non seulement il n’occupe plus son emplacement originale mais il s’en est fallu de peu pour que l’immense sculpture se retrouve au milieu d'une intersection de Montréal, quelque chose qui aurait eu autant de sens qu’un poisson dans un arbre.

Voyez? Physiquement il ne reste presque rien de cet événement qui nous a amené 50 millions de visites et qui a fait permis à Montréal de s’ouvrir sur le monde et vice-versa. Même la mémoire de l’événement est tronquée puisqu’il se trouve encore quantité de gens qui confondent Expo 67 et Terre des Hommes. Pourquoi? Parce qu’on semble avoir sciemment choisi d’envoyer aux poubelles tout ce qu’Expo 67 a été et a représenté.

Y’a aussi un autre bout qui faisait partie intégrante d’Expo 67 et qui s’appelait la Cité du Havre. Vous savez, c’est là qu’on a construit Habitat 67 et où se trouvait aussi de magnifiques pavillons. Évidemment on a tout rasé. Ne reste que les fragments asphaltés des allées piétonnières ainsi que les moignons de lampadaires que l’on a décidé de couper à la torche. Plus à l’ouest, laissé à l’abandon dans la négligence la plus totale, la Giboulée de l’artiste Jean Cartier, gît telle une épave.

Mieux, ou pire c’est selon, il se trouve à la place des Nations, bien fixée sur le socle de béton où se trouvait la torchère, une plaque qui commémore Expo 67 mais qui comporte une erreur notable; en effet il y est indiqué qu’Expo 67 s’est terminée le 27 octobre alors qu’en réalité elle s’est terminée le 29 octobre. Cette erreur est tout simplement due au fait que pour inscrire la date de clôture on s’est fié au guide officiel, lequel a été conçu et imprimé en 1966. Les dirigeants d’Expo 67 se sont rendu compte que clore l’évènement le 27 octobre, soit un vendredi, ne faisait pas de sens alors on a présenté une demande spéciale au Bureau International des Expositions pour repousser la fermeture de deux jours afin que ça puisse tomber un dimanche. Ce qui, faut l’avouer, avait plus de sens.

Sur le site d’Archives Canada ce n’est pas diable mieux puisque l’on apprend, avec stupéfaction, qu’il se trouvait dans le pavillon américain, bien exposé, les parachutes… de la navette spatiale. Non, je ne rigole pas, allez voir par vous-mêmes. C’est ici. Sérieux! La navette spatiale, bordel! Un bidule dont le budget de développement n’a été approuvé par Nixon qu’en 1972. On se serait attendu d’un peu plus de rigueur de la part d’un organisme officiel chargé de conserver la mémoire de notre Histoire.

La place des Nations, telle qu’elle se trouve dans l’estime de nos politiciens actuels, s’inscrit dans cette longue liste où la mémoire d’Expo 67 est malmenée. Mais bon, je m’égare un peu mais n’en reste pas moins que je ne comprends d’aucune façon la réaction de nos dirigeants politique par rapport au sort de la place des Nations. Plutôt que de parler de dépenses ou de gaspillage, pourquoi ne pas parler d’investissement? Pourquoi ne pas profiter de cette occasion unique pour faire de la place des Nations un mémorial d’Expo 67 couplé d’un centre commémoratif ou centre d’interprétation? Parce que voilà le truc: nous n’avons pratiquement aucun mémorial sur cet événement, le plus important et le plus significatif du 20è siècle au pays. L’information, comme je vous l’ai montré, comporte des erreurs flagrantes quand ce n’est pas du galvaudage pur et simple. Ce qui en résulte est un enfouissement graduel de la mémoire d’Expo 67 et, comme bien d’autres pans de notre Histoire, on en viendra un jour à ne plus se souvenir. Cela viendra, encore une fois, confirmer ce que je dis depuis des lustres; que la devise du Québec devrait être : Je me souviens… de rien. 

«Aussi, avec une ferveur égale à celle qui m’a toujours personnellement animée, je conserve l’espoir qu’il sera possible de préserver de la destruction, des bâtiments et des éléments, qui devraient continuer de rappeler d’une façon permanente en terre d’Amérique, la réalité d’une civilisation universelle, reconstituée quant au passé, des choses qui ont résisté à l’usure du temps, de celles qui ont triomphé des haines et des guerres, et quant à l’avenir, exprimée par des formes architecturales ou graphiques, nouvelles ou renouvelées, des états actuels de la science ou de l’art, et surtout, par des indications claires et précises, du recul des frontières de la misère et de la faim, de l’ignorance et de la pauvreté

Jean Drapeau
Extrait de discours, 1967
Place des nations







Le saviez-vous? Lors d’Expo 67 les dirigeants de nombreux pays donnaient des discours à la place des Nations mais malheureusement cela coïncidait avec le passage de l’aéroglisseur dont le vacarme enterrait l’allocution, ce qui ne manquait jamais de faire rager le commissaire-général d’Expo 67, Pierre Dupuy.