vendredi 29 mai 2015

ultima iudicium


Nous voici près de l’entrée du cimetière Notre-Dame-des-Neiges près de Côte-des-Neiges. Aujourd’hui il s’en trouve d’autres mais à l’époque c’était la seule. Or, la première chose que l’on aperçoit en entrant est une grande croix flanquée de part et d’autre de deux anges soufflant dans des trompettes. Il se trouve plein d’anges, de chérubins et de séraphins dans le cimetière et chacun a une symbolique particulière mais de tous ceux-là seuls deux peuvent être nommés; les archanges Gabriel et Michel.

Généralement, celui qui souffle dans une trompette est l’archange Gabriel (de l'hébreu : גַּבְרִיאֵל) qui sonne le Jugement Dernier alors que Michel (de l'hébreu : מיכאל) il est plus souvent représenté avec un glaive ou une épée et porte habituellement une forme quelconque d’armure. Ici toutefois il se trouve deux anges identiques appellant à la résurrection des âmes (selon la doctrine chrétienne) il ne peut donc s’agir de Gabriel.


Le saviez-vous? En 897 le pape Étienne VI a fait exhumer son prédécesseur indirect, Formose, et fait asseoir le cadavre en putréfaction, vêtu de ses habits papaux, devant un synode composé d’évêques pour tenir un procès appelé «concile cadavérique» où Formose fut condamné à l’amputation de trois doigts. On lui a enlevé ses habits, on l’a enterré pour l’exhumer de nouveau pour finalement le jeter cavalièrement dans le Tibre. Le peintre Jean-Paul Laurens en a fait une représentation sur une toile datant de 1870.

mercredi 27 mai 2015

exhedram


Vers la fin du 19è siècle le territoire de la ville de Montréal s’agrandit. Quantité d’anciennes terres agricoles se voient loties et des villages sont peu à peu annexés. Ces nouveaux territoires obligent l'archevêché de Montréal a redécouper des paroisses existantes et aussi en créer de nouvelles.

Un exemple probant est le scindement, en 1896, de la paroisse St-Vincent-de-Paul qui elle-même avait vu le jour en 1867 lors du fractionnement de la paroisse Notre-Dame. Ce faisant, on crée la toute nouvelle paroisse de St-Eusèbe-de-Verceil, nommée d’après l’évêque italien du IVè siècle, Eusebio di Vercelli de son vrai nom. On décide, quelques années plus tard, de faire ériger sur Fullum, tout au nord de la rue Larivière, une toute nouvelle église et on confie les plans à l’architecte Aristide Beaugrand-Champagne. Le chantier se met en branle en 1913 mais malheureusement, à peine le soubassement terminé que l’on doit cesser les travaux moins d’un an plus tard. C’est qu’en Europe vient d’éclater la Grande guerre et l’effort requis, tant de matériaux que de personnes, vient mettre un sérieux frein aux travaux et l’église. Au moins les célébrations peuvent être menées dans le soubassement. Il faut néanmoins attendre 1919 pour que les travaux reprennent, cette fois sous la gouverne de l’architecte Joseph-Henri Caron. En 1923 on termine l’installation du maître-autel ainsi que les décorations intérieures. Pour les vitraux, faudra attendre 1926.

Le style architectural choisi en est un Néo-roman, très élégant de surcroît, et qui fait fort usage, comme c’était coutume pour quantité de bâtiments de cette époque, de pierre de taille, parfois lisse et parfois bosselée. Ce que l’on aperçoit sur la photo d’aujourd’hui est un détail de la façade. Il s’agit de la statue centrale, l’une de trois, et qui orne le dessus du fronton. Enchâssé dans une petite alcôve, il s’agit d’une représentation de St-Eusèbe lui-même, coiffé de sa mitre et portant une crosse, laquelle symbolise sa fonction de pasteur. Lors de mon passage, tout récent, il était clair et ce dès le premier coup d’œil, que le bâtiment subissait les affres du temps et des éléments. Dans le clocher les abat-sons, de type persienne, étaient majoritairement manquants ou endommagés. Ces éléments servent surtout à empêcher la pluie et la neige d’entrer, de ventiler les charpentes et aussi à rediriger le bruit des cloches vers le sol. L’église sert encore et toujours de lieu de culte mais, tout comme durant la Première guerre, les célébrations ont lieu dans le soubassement pour des raisons économiques et de sécurité. Aux dernières nouvelles, bien que le bâtiment soit considéré comme d’intérêt patrimonial et architectural, il ne semble pas profiter d’un statut le protégeant.




Le saviez-vous? Il existe un champ d’étude spécifiquement dédié aux cloches, leur histoire, leur fabrication, leur usage ainsi que les répertoires musicaux utilisés, il s’agit de la campanologie. 

lundi 25 mai 2015

Les chemises Van Heusen en 1954



Nous voici en 1954 avec une publicité qui vante les mérites des chemises infroissables Van Heusen. Et qui de mieux pour les représenter que cet élégant acteur qu’est James Stewart. Van Heusen est une compagnie dont l’histoire débute en 1881 à Pottsville en Pennsylvanie. Là, Moses Phillips et son fils Isaac commencent à vendre des chemises, lesquelles étaient cousues par l’épouse de Phillips, Endel, ainsi que leurs filles. Ces chemises étaient surtout vendues aux nombreux employés des mines de charbon. Les ventes connaissant un très bon succès, Phillips a étendu sa compagnie à New York.

Quelques trente ans plus tard un immigrant hollandais également établi à New York, John Manning Van Heusen, obtient un brevet U.S. pour un procédé qui fusionne le tissu à une courbe, créant ainsi un col de chemise confortable pouvant se plier aisément mais étant capable de conserver son apparence rigide. C’est également à New York que Van Heusen fait la rencontre de Moses Phillips, lequel achète le brevet et c’est ainsi que débute l’alliance Phillips-Van Heusen. Le succès ne s’est pas démenti et l’entreprise continue encore aujourd’hui de vendre ses chemises partout dans le monde. Le prix affiché de $4.95 représente en 2015 quelque chose comme $45, ce qui n’est pas si dispendieux pour une chemise d’excellente qualité.

L’utilisation de James Stewart dans la publicité d’aujourd’hui est pleine de bon sens et n’est certainement pas fortuite; l’acteur américain est reconnu tant pour sa classe que son élégance. Il était aussi courant à l’époque, d’insérer dans les publicités mettant en vedette acteurs et actrices, une publicité complémentaire qui les associait à un film dans lequel ils jouaient et qui était à l’affiche dans les salles. Ici, il s’agit de Strategic Air Command, un film sur fond de guerre froide réalisé par Anthony Mann et qui mettait également en vedette June Allyson et Frank Lovejoy. Bien que la publicité date de 1954 le film n’est sorti qu’en mars 1955. Quant au «Vistavision» mentionné en haut, il s'agissait d'une variante de la pellicule 35mm développée en 1964 par les ingénieurs de Paramount. 
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Le saviez-vous? Le rôle de pilote joué par Stewart n’était pas si éloigné de la véritable expérience de pilote de guerre de l’acteur puisque durant la Seconde guerre il a été instructeur pour les pilotes de B-17, commandant d’escadron de B-24 et a complété 20 missions de combat. 

vendredi 22 mai 2015

dualitas


Il n’y a pas si longtemps de cela je vous parlais, dans un autre article, de l’intéressante dualité de style qui pouvait séparer deux maisons en rangée. Voici un autre bel exemple, croqué sur la rue Iberville, dans le quartier Hochelaga bien qu’il s’agisse ici non pas de maisons en rangée mais bien de maisons semi-détachées. Plus spacieuses que les maisons en rangée elles étaient souvent habitées par les gens un peu plus nantis que les familles ouvrières. Ces deux maisons pouvaient en loger quatre.

Dans la majorité des cas les maisons semi-détachées sont situées à l’encoignure des rues et possèdent des ouvertures sur trois côtés mais, comme c’est le cas-ici, elles pouvaient se retrouver dans une suite de maisons dont l’architecture et le style pouvait varier. Ces deux maisons sont les seules le long de la rue à avoir cette apparence mais comme les bâtiments de part et d’autre sont beaucoup plus récents il n’est pas impossible qu’il y en ait eu d’autres identiques.

On remarque incidemment la présence de toits dits en fausse-mansarde et visiblement recouverts d’ardoise, un style qui a connu son apogée vers 1885-90 mais qui a continué d’être utilisé jusqu’au milieu des années 30. Derrière, on peut présumer la présence d’un toit plat. Séparant les deux maisons, le mur coupe-feu, ici de taille modeste. On note également la présence de pignons surmontant les fenêtres et coiffés de paratonnerres. Quant à la brique, la partie de droite semble l’avoir eue plus dure que sa voisine. On y voit des réparations bien visibles dont des plaques de métal sans doute solidement ancrées afin d’éviter ce que l’on appelle un ventre-de-bœuf.



Le saviez-vous? Les tuiles d’asphalte ont une durée de vie estimée entre 15 et 20 ans alors que celles en ardoise peuvent facilement durer plus de cent ans. Le Québec en produit d’ailleurs d’excellente qualité. 

dimanche 17 mai 2015

L'homme de six millions - redux

Il y a de cela un certain temps je vous ai causé de la figurine de Steve Austin, le fameux homme de six millions et que j’avais reçu alors que j’étais gamin. C’est une figurine toujours populaire et que tout collectionneur peut se procurer à des prix variant d’une dizaine de dollars à quelques centaines, tout dépendant de la condition, bien entendu.

Ça s’est passé il y a quelques années lors d’un de ces nombreux «arrêts aux puits» dans une des nombreuses ventes de garage qu’il m’arrive de croiser régulièrement. Comme vous le savez, les ventes de garages sont de véritables boîtes à surprises et on ne sait jamais ce qu’on va y trouver. Cette journée-là, donc, je suis tombé sur cette vente qui était absolument monstrueuse. L’entrée de garage et le garage lui-même était plein de bébelles de toutes sortes; des bibelots douteux, des cadres, des laminés tirant un peu [beaucoup] sur le kitsch, des piles de vêtements, des vieilles cassettes VHS… La quantité d’objet était telle que faire visuellement le tri était un exercice laborieux en soi. Je pouvais regarder un coin de table à trois reprises et à chaque fois y apercevoir quelque chose de nouveau. Au bout de longues minutes je m’apprêtais à quitter lorsque j’ai remarqué quelque chose de familier et qui dépassait de sous une pile de guenilles. J’ai pris la boîte dans mes mains et l’ai observé attentivement. Puis je l’ai montré à la dame qui avait organisé ce véritable souk. Je m’attendais à ce qu’elle me demande une petite fortune et possiblement mon bras gauche mais elle s’est plutôt contentée de me faire «cinq» avec la main. Je ne crois sincèrement pas qu’il vous ayez eu dans votre vie la chance de voir un troc argent/marchandise aussi rapide. Après avoir soigneusement placé la boîte en question dans mon sac j’ai enfourché mon vélo pour retourner chez moi comme une fusée. Cette boîte, en conséquence, la voici :

Alors voilà la chose assez incroyable; pour le prix d’un modeste cheeseburger et d’une frite [régulière] j’ai pu obtenir une figurine de Steve Austin dans sa boîte d’origine. Celle-ci avait déjà été préalablement ouverte, la figure sortie, remise à l’intérieur et le couvercle ultérieurement refermé avec du ruban adhésif. C’est pourquoi je n’ai pas eu d’hésitation à la ressortir afin de l’inspecter, quelque chose que je n’avais pas pu faire à la vente de garage.
Comme on peut le constater facilement, la figurine, bien qu’elle ait été sortie de la boîte, n’a jamais été utilisée, comme en témoigne la présence du carton expliquant le fonctionnement du bras mécanique. En tournant la tête de la figurine vers la droite on enclenchait un ingénieux mécanisme qui, en poussant le bouton rouge que vous voyez, faisait monter le bras vers le haut. Une autre chose de la figurine m’a extraordinairement étonné :
L’utilisation d’un tel adverbe n’est pas exagérée. Observez la peau de latex qui recouvre le bras bionique de la figurine. Elle est pratiquement intacte, comme si la figurine venait tout juste de sortir de l’usine. Le truc c’est que ce latex a toujours eu la réputation de se désagréger et/ou pourrir au bout de quelques années, comme en témoigne le latex qui recouvre ma propre figurine.
Comme vous pouvez le constater, il n’est plus en très bon état. Il y a bien entendu les innombrables heures de jeu que je lui ai fait subir mais il y a également les affres du temps, conjuguées avec la nature même du latex. Ce qui s’est probablement passé avec la figurine que j'ai achetée c'est qu'elle a été conservée bien malgré elle dans des conditions optimales, possiblement dans une garde-robe, bien au chaud et au sec. Et, parlant de la boîte, voici ce qui se trouvait également à l’intérieur :
Ce sont les instructions détaillées pour le fonctionnement mécanique du bras ainsi que d’une offre afin de faire partir du Bionic Action Club, lequel n’est plus valide depuis quelque temps, malheureusement. Le fait que la boîte ainsi que les instructions soient uniquement en anglais repose sur deux possibilités; d’une part il est possible que la figurine ait été achetée ici à Montréal. Il faut rappeler qu’avant l’adoption de la Charte de la langue française, en 1977, les compagnies n’avaient aucune obligation d’imprimer des versions en français de leurs produits, ce qui incluait, bien entendu, les jouets. Par exemple, ma piste Hot Wheels Super Charger, reçue en 1969, est complètement en anglais. L’autre possibilité est que la figurine ait été achetée aux États-Unis, comme cela a été le cas pour ma console de jeu Intellivision, reçue à mon anniversaire en 1982 et que mes parents avaient achetée durant un court séjour au Vermont. 



Le saviez-vous? Si l'on se fie à la télémétrie dans l'émission, Steve Austin peut courir à une vitesse de 93 km/h. 

jeudi 14 mai 2015

Un peu de plastique dans nos assiettes

Les années 50 ont été marquées par un immense électrochoc qui a littéralement fait bourdonner toutes les sphères de la société; de l’architecture aux voitures en passant par les meubles, les enseignes de magasin ainsi qu’aux objets les plus mondains. Le plastique, dont on découvrait de nouvelles variantes, s’annonçait comme le matériau du futur. La maison du futur Monsanto tout en plastique, qui fut exposée à Disney World, en est un exemple probant. Cette publicité de la fin des années 50 de la compagnie Lustro-Ware, illustre bien toutes les applications du plastique. 
Voyant des profits mirobolants, plusieurs compagnies du temps se sont donc mises à fabriquer toutes sortes de choses et n'ont pas hésité à faire concocter des publicités pour le moins assez particulières, comme c'est le cas pour ces poubelles, présentées comme des pièces de distinction qu'il faut visiblement manipuler avec des gants blancs. Ouf!
Passons des poubelles à quelques chose d'un peu plus intéressant comme des ensembles de vaisselle fabriqués avec des résines et polymères complètement nouveaux. Certains diront que de la vaisselle c’est de la vaisselle, et qu’il n’y a pas de raison d’en faire tout un plat alors que d’autres ni verront aucun intérêt parce que ce n’est pas leur tasse. N’empêche que le succès a été assez considérable et ça n’a pas été long que presque toutes les maisonnées avaient de ces ensembles. Aussi, si vous avez fréquenté l’école durant les années 60 et 70 il y a de fortes chances pour que votre cafétéria utilisait de tels ensembles. En voici, tel qu’ils apparaissaient dans une publicité américaine du temps. 
Pratiquement incassables, durables et fort abordables, il est facile de comprendre pourquoi ces sets de vaisselles ont été si populaires, surtout avec leurs couleurs si caractéristiques de l’époque comme le turquoise, le rose et le jaune, entre autres. Durant les années 60 on a vu apparaître des coloris plus éclatés qui reflétaient évidemment les tendances décoratives du temps. Il s'en trouvait d'autres variétés qui comprenaient des motifs décoratifs comme des fleurs, des feuilles d'arbres ou tout simplement de jolies fioritures. En voici quelques exemples dans cette publicité de 1958.

Et pour les enfants, il y avait des sets spécialement fabriqués pour eux, comme en témoigne celui-ci, fabriqué en 1964 par Boontonware et décoré des personnages de la série de dessins animés The Flintstones. 
Mais bon, parlons maintenant de cette merveilleuse petite trouvaille que j'ai faite et que je vous présente à l'instant. J’ai acquis ce charmant petit ensemble il y a de cela quelques années lors d’une vente de garage pour une poignée de change. De couleur turquoise, le plastique est incrusté, malheureusement difficile à voir sur les photos, d’une myriade de petits flocons probablement d’origine métallique, à moins qu’il ne s’agisse de plastique.
Peut-être la chose la plus étonnante est que ce set n’a pratiquement jamais servi puisque l’étiquette du fabriquant est encore là, bien collée. C’est ce qui m’a d’ailleurs permis de savoir qu’il s’agissait d’un set en Cymac 400 ou, si vous préférez, du plastique dit méthylstyrène. Ce dernier a été mis au point vers 1956 par la compagnie American Cyanamid, laquelle est aussi connue pour avoir développé un autre plastique, le Melmac, tel que vu dans la publicité en haut. Le Cymac, donc, est un plastique à moulage par injection réputé pour avoir une très grande résistance à la chaleur en ne démontrant aucune déformation même à 100 degrés Celsius. C’est ce qui explique la mention «Boilable» sur l’étiquette.
Des sets comme celui on peut en trouver encore dans des magasins d’articles usagés, des brocantes et autres marchés aux puces, souvent à bon marché. Si c’est le cas il faut exercer un peu de caution, surtout si l’on considère utiliser ces tasses et assiettes pour y mettre breuvages et nourriture. Le plastique, comme n’importe quoi d’autre, ça vieillit et si certaines études tendent à démontrer qu’on peut les utiliser sans crainte d’autres tendent à décourager leur utilisation, entre autres avec de la nourriture chaude ou acide qui pourraient laisser s’infiltrer dans la nourriture certaines composantes chimiques. Ces sets ont été fabriqués essentiellement aux États-Unis bien avant que le FDA américain ne commence à procéder à des études. Au micro-ondes? SURTOUT PAS. Personnellement, bien que je sois assez fier de cette petite trouvaille, je préfère simplement la conserver comme article de décoration, ça m’évitera d’avoir à ôter les petites étiquettes qui font, je le crois bien, tout le charme de l’ensemble.



Le saviez-vous? Lorsque l'on a voulu démolir la maison en plastique Monsanto on s'est d'abord servi d'une grue qui y balançait une grosse boule d'acier mais cette dernière ne faisait que rebondir sur la maison. On a donc dû s'y prendre différemment. 


mardi 12 mai 2015

lateres


Les maisons ouvrières en rangées ont été très populaires à Montréal. Elles seraient apparues pour la première fois à Montréal vers 1834, sur le territoire de l’actuel Plateau alors que s’ouvraient les rues Coloniale, De Bullion et Cadieux (aujourd’hui Hôtel-de-Ville) et qui se trouvaient alors sur les terres de Jean-Marie Cadieux de Courville.

À cette époque le bois était encore le matériau de choix pour bâtir mais sitôt après le grand incendie de 1852, dont je vous ai parlé ici, la Ville de Montréal y va de règlements très stricts. C’est un règlement auquel on n’échappe pas. Les villages avoisinants ne sont pas soumis à cette règle mais le seront au fur et à mesure qu’ils seront annexés par Montréal au fil des ans. Heureusement la brique est bon marché, sa pose relativement rapide et sa durabilité est éprouvée.

Les maisons en série, donc, étaient généralement construites en même temps dans un plan d’ensemble dont l’apparence extérieure était identique. Elles étaient toutefois séparées les unes des autres par des murs coupe-feu. En contrepartie on se retrouve avec une maison solide qui, moyennant un bon entretient, peut durer pendant très longtemps. Par contre, pas trop de fioritures ni de luxe; façade dépouillées avec, pour seules coquetteries des arcades en brique au-dessus des fenêtres comme c’est le cas ici. Parfois les propriétaires se permettaient d’appliquer de la peinture de couleur qu’ils appliquaient directement sur la brique. On retrouvait ainsi des devantures blanches, vertes et de façon plus fréquente, rouges. Toutefois, comme on peut le voir ici, les goûts d’un propriétaire n’étaient pas toujours ceux du voisin.



Le saviez-vous? La brique est l’un des plus vieux matériaux de construction connu puisque son origine remonterait à 7000 ans avant J-C dans la région de l’actuelle Irak.  

samedi 9 mai 2015

molae


Ah, nous voici pif-poil en-dessous de la structure qui joint les silos de la minoterie ADM (Arthur Daniels Midland) située sur la rue Mills, dans le Vieux-Montréal. En version très simplifiée c’est là que les minotiers transforment les grains de céréales en farine. Autrefois les gens qui faisaient ce travail étaient des meuniers donc, si vous êtes un Meunier, Monnier ou Lemonnier alors voilà, un de vos ancêtres avait reçu ce patronyme car c’est ce qu’il faisait dans la vie.

La minoterie ADM n’a cependant pas toujours porté ce nom. Avant, à sa construction en 1946, elle était connue comme Ogilvie Flour Mills où l’on produisait la fameuse farine Five Roses. L’enseigne a quant à elle été ajoutée en 1954. Sans que cela ne paraisse, la minoterie compte pas moins de 75 silos. Elle est aussi l’une des deux dernières encore en opération à Montréal. L’autre étant celle de Robin Hood.



Le saviez-vous? La fameuse enseigne au néon est maintenant protégée et considérée aujourd’hui comme partie importante de notre patrimoine bâti. 

lundi 4 mai 2015

cenet


Pas pu m’empêcher de photographier cette amusante particularité architecturale croisée tout à fait par hasard durant une promenade. Avec un peu d’imagination, ce dont je ne manque pas, on pourrait croire que l’immeuble surveille, avec un ennui évident, le voisinage ou encore y voir le visage d'un de ces fameux «minions». Cette propension à apercevoir des visages dans des choses inanimées à différents endroits s’appelle la paréidolie; du grec ancien παρά-, pará (« faux »), et εἴδωλον, eίdôlon (« simulacre, fantôme »), diminutif de εἶδος, eîdos (« apparence, forme »).

Quant à cette façade de bâtiment il serait toutefois difficile de croire que cette intéressante composition ne soit que le fruit du simple hasard. Quelqu'un s'est visiblement amusé. Par contre, dans un moment dérivatif, j’ai complètement oublié de noter l’endroit où se trouvait cette chose.


Le saviez-vous? Dans le film Mon Oncle Jacques, Jacques Tati donne à une maison des yeux presque vivants en laissant se promener aux fenêtres deux acteurs, donnant ainsi l’impression que l’immeuble «observe».  

samedi 2 mai 2015

Les crayons feutre Buffalo

Voilà le printemps qui s’amène et de là, on voit finalement la fin des classes. Dehors la neige a complètement disparue et la température s’élève peu à peu. C’est un samedi matin d’avril et la météo prévoit une journée ensoleillée avec une température fraîche mais confortable. Je termine mon bol de Count Chocula, mon troisième, et le termine rapidement parce que je piaffe de descendre dans le garage et sortir ma bicyclette pour la première fois de l’année. Je m’habille à toute vitesse mais y’a un truc qui m’échappe; de soleil dehors, y’en avait pas. Le ciel était tout gris et c’est seulement lorsque je me suis collé le nez à la fenêtre que je me suis rendu compte qu’il pleuvait tout plein. Bon, ben il semble que ma première promenade sera reportée. Heureusement je suis un enfant parfaitement incapable de s’ennuyer et je réoriente donc mon programme du jour en conséquence.

Dans ma tête se bousculent les possibilités; faire des vaisseaux spatiaux avec mes Lego en écoutant des cartoons à la télé, m’occuper de ce modèle réduit qui n’attend, inventer de nouvelles aventures avec mes figurines GI Joe, Steve Austin, Big Jim et du prof Bergman, faire des courses d’élimination entre mes voitures Matchbox et Hot Wheels. Et ce ne sont là que les choses auxquelles j’ai pensé durant les trois premières secondes. Finalement j’ai opté pour appeler l’ami Daniel, celui qui m’avait montré à bien assemblerles modèles-réduits. Une demi-heure plus tard nous étions installés dans sa cuisine, bien attablés avec une provision de feuilles de papier ainsi que nos magnifiques ensembles de crayons feutre Buffalo, tous alignés dans une belle boîte en métal ornée d’une reproduction du Déjeuner des canotiers, de Renoir. De vulgaires crayons de cire? Surtout pas! Là, au son d’une version disco de Star Wars (Meco) qui jouait de par de petits haut-parleurs dans la cuisine, on barbouillait pendant des heures des scènes du film qui venait tout juste de sortir. La séance se terminait lorsque la mère de Daniel en avait raz les oreilles d’entendre la fameuse toune de la cantine ad repetitio. Mais bon, c'est un exemple parmi mille! Je me souviens avoir passé des pans de journées entiers à crayonner tout un fourbi de trucs; fusées, voitures, extra-terrestres, animaux étranges, scènes d'action... 






Comme on peut le voir la présentation était tout de même élégante, avec une description des différentes couleurs ainsi qu’un petit guide imprimé à même le couvercle de la boîte. Il existait aussi un autre format de boîte, plus petit celui-là, mais décoré d’une autre peinture, L’homme au casque d’or, autrefois attribuée à Rembrandt mais dernièrement considérée comme ayant été réalisée par un élève ou un suiveur. Ces crayons feutre-là, je m’en souviens très bien, étaient assez populaires et à peu près tous mes amis en avaient.

Les crayons, si l’on n’appuyait pas trop fort et qu’on prenait soin de replacer le bouchon après usage, pouvaient durer très longtemps. À preuve, ceux de ma collection, bien qu’ils datent du milieu des années 70, marquent encore très bien. Ah, et il fallait faire gaffe de ne pas passer des couleurs claires par-dessus les foncées, pour des raisons évidentes.




Le saviez-vous? Les premiers crayons à pointes de feutre ont été inventés et brevetés en 1910 par un certain Lee Newman. Il faut toutefois attendre 1962, avec les améliorations apportées par Yukio Horie de la Stationary Company pour voir apparaître la version moderne, comme celle utilisée par Buffalo.